Les quatre vérités
Nous l’avons déjà fait à l’issue des 100 jours de la Refondation. Nous avions alors dit que “La Refondation a fait en cent jours ce que les régimes précédents, blautaronja - bleu et orange, n’ont pu, su ou voulu faire en quinze ans”. Nous le pensions et nous le confirmons. C’était le 25 janvier 2026. Dix mois après, où en est-on ?
Délestage fini, mais le problème de la Jirama persiste
Les problèmes d’électricité et d’alimentation en eau ont déclenché le mouvement Gen Z du 25 septembre 2025. Actuellement, la Jirama ne publie plus son agenda quotidien de délestages tournants, au grand soulagement des petites et moyennes entreprises dont l’activité dépend de l’électricité, mais on n’est pas sorti de l’auberge pour autant. La Jirama est avotrable, mais il faudra attendre l’opérationnalité des centrales hydroélectriques de Volobe et de Sahofika pour que les problèmes d’électricité soient définitivement réglés. En ce qui concerne l’eau, il manquerait encore plusieurs dizaines de milliers de m3 à combler...
À lire ici : La JIRAMA est-elle inavotrable ?
Cela dit, il faudra un peu plus d’imagination aux spin doctors d’Iavoloha pour éviter au PRRM de se faire prendre en photo ou en vidéo dans des situations qui rappellent le temps béni d’Andry Rajoelina. C’est comme s’il n’y avait rien de nouveau sous le soleil, ce qui conforte les aquabonistes dans leur foi en l’inutilité du grand remplacement de Andry Rajoelina et de ses amis, les “firongony”.
Challenge masikita...
La mission de la Refondation doit tracer un nouveau chemin pour Madagascar et non suivre les sillons de Andry Rajoelina, tels des pèlerins qui vont à Canossa. Aller là où Andry Rajoelina était, ce n’est pas effacer ses pas ; c’est au contraire réveiller des souvenirs qu’il faudrait enfouir au plus profond de la mémoire.
Fallait-il vraiment faire un challenge masikita sur le Bord de Mahajanga ?...
On ne juge pas la Refondation aux actions sociales qu’il aura entreprises
Il faut être un grand dirigeant, un véritable Homme d’État, pour résister aux sirènes du populisme et éviter de verser dans la politique du panem et circenses afin d’avoir la sympathie de la masse populaire, généralement sensible aux promesses. C’est pourtant, dangereusement, ce qui est en train de se produire avec les dons en espèces sonnantes et trébuchantes, voire - récemment, des seaux et cuvettes comme au bon vieux temps du régime Orange. Pourtant, on s’est dit que l’on ne nous y reprendra plus. Par “nous”, il faut entendre ici les politiciens, pas la masse populaire qui reconnaît invariablement le bonheur au bruit qu’il fait en tombant.
Pourtant, on ne juge pas le régime de Refondation aux routes qu’il aura construites ni aux les actions sociales qu’il aura entreprises. La mesure de sa réussite se fera aux lois qu’il aura adoptées et par les grandes décisions démocratiques qu’il aura prises afin de rendre impossible le retour aux erreurs du passé. Un pouvoir de Transition, de Refondation de surcroît, ne se limite pas à répondre aux urgences du moment, mais cherche à corriger les causes profondes des crises à répétition qui ont fragilisé la Nation. Il doit penser le long terme plutôt que de céder à la tentation de “résoudre” des problèmes structurels en quelques mois. La population espère souvent des miracles rapides : baisse des prix, retour de la stabilité, amélioration visible du quotidien. Pourtant, un pouvoir de Transition, par essence, n’a pas vocation à tout résoudre. Ce n’est pas un gouvernement de gestion courant, ni un gouvernement de satisfaction immédiate des revendications sociales.
Laïcité signifie simplement que l’État ne s’occupe pas des affaires de l’Église...
Autre virage dangereux que l’on peut prendre comme faisant partie de la Refondation, mais qui s’avère être une mauvaise réforme qui nous tire vers l’arrière, vers un passé que l’on croyait révolu depuis des siècles : la menace sur la laïcité.
La laïcité de l’État ne signifie pas l’interdiction de la religion, encore moins l’interdiction de prier. La laïcité signifie simplement que l’État ne s’occupe pas des affaires de l’Église et l’Église ne s’occupe pas des affaires de l’État. La laïcité est un principe républicain qui découle de plusieurs siècles d’observation de la vie socio-politique. Et elle figure dans toutes les Constitutions malgaches depuis le retour de l’indépendance de Madagascar. Voilà pourquoi, la défense de la laïcité est le commencement de la sagesse.
Le vert est dans le fruit...
On ne peut faire cette revue à mi-parcours sans parler des élections. Normalement, si l’on en croit le chronogramme de la Refondation, des élections doivent se tenir l’année prochaine. En tout cas, le budget de la CENI inscrit dans le Projet de Loi des finances 2027 prévoit 199 milliards ariary pour l’organisation de deux élections. Michaël Randrianirina y sera-t-il candidat ? Tout est possible. Mais avec quelle base ? On en est là, justement. Voilà pourquoi les caméléons orange se sont encore mués en vert, comme VFM, après avoir été bleus, voire rouges pour certains qui ont la vie dure. Le vert est dans le fruit, au désespoir de la Gen Z qui commence à se mordre les doigts.
Le fédéralisme en point de suspension...
Il faut quand même trouver un motif de satisfaction dans ce capharnaüm. Selon notre collègue vénéré et respecté Latimer Rangers, la Haut Conseil de la Refondation ne serait pas très enthousiaste à l’idée du fédéralisme, un concept qui revient régulièrement à chaque période de transition. La fenêtre d’Overton ne risque donc pas d’être ouverte, finalement. Mais croisons les doigts. D’ici les douze prochains mois, on ne sait pas ce qui peut se produire...
Latimer Rangers prenant la parole lors d’une réunion du Monima. Dans la salle flotte un sentiment d’amertume.