Des auxiliaires pour pallier le manque de personnel dans l’administration en général et dans les écoles en particulier
Institué afin de confier aux nouveaux bacheliers des missions au service du développement après une courte période d'encadrement de type militaire, le Service national hors forces armées populaires (SNHFAP) a été abandonné après la première chute de l’Amiral rouge en 1991.
“À notre époque, comme disent les personnes qui ont déjà pris de l’âge, on effectuait un service national hors armée après l'obtention du baccalauréat. C'est l'un des meilleurs souvenirs de ma vie. Qu'il s'agisse de porter l'uniforme ou de suivre la formation avec tous les autres jeunes du SN. Mon indemnité n'était que de 1 800 ariary, mais c'était une joie immense de la recevoir et de la dépenser à l'époque”, écrit l’auteur de ces lignes dans “Teôrian’ny tandrimo” (La théorie de la toupie), sorti en octobre 2022.
Mais la vague Forces vives, dirigée par Zafy Albert, voulait faire table rase de tout ce qui rappelle le socialisme révolutionnaire, quitte à faire n’importe quoi. Ainsi, l’appellation Sekoly fanabeazana fototra, qui qualifiait si bien l’école primaire, a été abandonnée pour revenir à EPP, héritée du temps béni des colonies. Il en est de même du retour au CEG pour les collèges. Les collectivités territoriales décentralisées ont été rebaptisées avec des dénominations en “teny baiko” (langue des donneurs d’ordre), mais plus de trente ans après, les gens continuent d’appeler les communes et autres arrondissements de “Firaisana”. La malgachisation a été abandonnée et on s’est remis à dispenser les cours en français par des enseignants dont le niveau de français avait dégringolé après des années de malgachisation. Vous suivez ?
Il n’est nullement question de défendre le ratsirakisme, loin de là. C’est ce régime qui a précipité Madagascar dans un abîme si profond qu’aucun dirigeant n’a réussi à l’en sortir jusqu’à présent. Même pas Didier Ratsiraka lui-même lors de son come-back (1997-2002). C’est juste pour dire que l’une des principales causes du non-développement de Madagascar est le retour à la case départ à chaque changement de régime.
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Le SN, comme on l’appelle, permettait de motiver les candidats au baccalauréat car il était particulièrement honteux de rater son bac face à ceux qui ont réussi et portaient l’uniforme.
Après la formation militaire, place aux affectations à travers Madagascar. Les plus jeunes, comme l’auteur de ces lignes, restaient en ville pour travailler dans l’administration, tandis que les plus âgés partaient en régions. Les SN étaient des auxiliaires très appréciés pour pallier le manque de personnel dans l’administration en général et dans les écoles en particulier.
Il y a l’éloignement des parents, les difficultés financières et les histoires d’amour qui finissent toujours mal en général. Mais tout cela s’efface devant les souvenirs, souvenirs des 400 coups ensemble, les longues marches mensuelles pour toucher la solde et la camaraderie entre SN. C’était une école de la vie, celle où l’on forge un individu pour devenir un citoyen responsable au service de la nation.
Demandez aux anciens SNHFAP qui ont baigné dans l’ambiance d’un camp militaire. Une ambiance somme toute bon enfant car l’objectif n’était nullement de faire de ces potaches des militaires, mais de leur inculquer le sens de la discipline et du patriotisme. Il existe des groupes Facebook dédiés. Lisez-en les commentaires. Vingt ans ou trente ans après, ils demeurent toujours enthousiastes et n’en gardent que de bons souvenirs.
Alors, le service national hors forces armées, oui. En revanche, le service militaire obligatoire, non.
Armée professionnelle
Ce qui suit est également extrait également du “Teôrian’ny Tandrimo”, pp. 18. Le service militaire obligatoire, est “l'un des facteurs qui favorisent l'augmentation du nombre de dahalo (bandits de grand chemin, en particulier les voleurs de zébus). La raison en est simple. Seuls les jeunes issus du milieu rural effectuent encore leur service militaire. Les jeunes des zones urbaines fournissent des certificats de scolarité ou d'autres documents pour en être exemptés. Pourtant, une fois leur service militaire terminé, ces paysans retournent à la campagne. Certains finissent par grossir les rangs des dahalo. C'est une situation dramatique car ils ont reçu une formation au maniement des armes et aux stratégies militaires. Par conséquent, il devient difficile de les combattre lors des opérations de poursuite.
Le pays n'a plus besoin de militaires temporaires comme cela. C'est d'une armée professionnelle du haut jusqu'en bas dont on a besoin. Le service militaire obligatoire doit être aboli. Seuls ceux qui souhaitent réellement travailler au sein de l'armée seront recrutés. Comme pour tout autre recrutement de fonctionnaires.
Ils suivent d'abord une formation commune. Cependant, un filtrage a toujours lieu au début car il ne faudrait surtout pas recruter des personnes qui aiment simplement jouer avec les armes ou qui aiment tuer des gens. Après cela, ils se répartissent et passent des examens selon leurs aspirations respectives : académie militaire, gendarmerie...
Il n'y aura donc plus de recrutement direct d'élèves gendarmes, tout le monde devra passer par cette formation commune. La qualité n'en sera que meilleure. C'est parmi eux que l'on sélectionnera l'élite, qui recevra une formation spéciale pour lutter contre les dahalo et les autres menaces. Ceux qui ne seront retenus nulle part ailleurs resteront de simples militaires professionnels”.
À bon entendeur, salut...