Les analyses ADN prouvent l’unicité des Malgaches

Blasian. La population malgache est le fruit d’un melting-pot. Les recherches scientifiques pluridisciplinaires (archéologie, linguistique et génétique) s'accordent aujourd'hui pour dire que le peuple malgache est le fruit d'une rencontre majeure entre deux continents : un métissage intime entre l’Asie et l’Afrique. Les autres apports (arabes, indiens, européens) sont ultérieurs et minoritaires.

Image de couverture de Les analyses ADN prouvent l’unicité des Malgaches
L’origine génétique des Malgaches.

Un groupe de trente femmes est à l’origine de la population malgache

Robinsonnade. C’est ainsi que l’historien Hubert Deschamps qualifie le premier peuplement de Madagascar. Les recherches archéologiques et paléoenvironnementales ont prouvé que l’Homme était déjà présent à Madagascar il y a plus de 10.500 ans.

En 2006, des os d’animaux géants aujourd’hui disparus (crocodiles, tortues, lémuriens géants, etc.) ont été trouvés dans le Sud par un mineur de saphirs. Certains, dont celui d’un Aepyornis, portent des traces d’entailles faites par des outils de pierre tranchants.

Les contes et légendes malgaches gardent en mémoire le Lalomena, un hippopotame nain, dont on a retrouvé des os longs présentant des traces de boucherie dans la grotte d’Anjohibe, près de Majunga, remontant à 4000 ans av. J.C. À Andavakoera, dans le nord de Madagascar, des outils lithiques datant de plus de 2300 ans av. J.C. ont été retrouvés.

Enfin, la grotte d’Andriamamelo, dans la forêt de Beanka (Melaky), découverte en 2013, abrite 70 peintures rupestres datant de 2000 ans et représentant des espèces animales éteintes (lémuriens paresseux géants, oiseaux-éléphants). La mégafaune de Madagascar a donc côtoyé des humains pendant plusieurs millénaires.

Il se peut qu’il y ait eu des arrivées précoces, mais elles n’étaient vraisemblablement que sporadiques. Un peuplement important et continu n’est clairement visible que vers le milieu du Ier millénaire après J.-C.

En l’absence de documents écrits, les tentatives de reconstitution de l’origine des Malgaches étaient basées sur la langue. Dès le XIIè siècle, le géographe arabe Al-Idrisï (1100–1165), au service du roi normand Roger II de Sicile, évoque Madagascar où se trouve une population qui parle des dialectes d’une langue austronésienne. Ce que confirme le prêtre jésuite Luis Mariano en 1614.

La majeure partie du lexique malgache provient du ma’anyan, une langue parlée au sud-est de Bornéo. Actuellement, seule une petite communauté enclavée de Dayak parle encore le ma’anyan. Des mots empruntés au sanskrit, tous avec des modifications linguistiques locales via le javanais ou le malais, suggèrent l’arrivée de voyageurs originaires de l’Empire Srivijaya, une grande puissance régionale de l’ouest de l’Indonésie (Java, Sumatra et Malaisie actuelles) du VIè au XIIIè siècle après J.-C.

Les techniques de travail du fer, les bateaux à balanciers, les instruments de musique tels que le xylophone et la valiha, ainsi que la culture du riz, des bananes, des ignames et du taro sont autant de preuves culturelles d’une connexion avec l’Asie du Sud-Est depuis au moins le VIIIè siècle.

Merina, Vezo et Mikea : même origine génétique

Avec le progrès de la recherche en génétique, on dispose d’un nouvel instrument pour reconstituer l’origine des Malgaches : l’analyse d’ADN.

En 2017, le généticien Denis Pierron a effectué une analyse sur près de 3 000 individus, issus de plus de 257 localités couvrant l’ensemble du territoire, des régions côtières et centrales. L’étude a révélé une donnée capitale : les Malgaches possèdent un double héritage génétique entre l'Asie du Sud-Est (populations austronésiennes, notamment de l'île de Bornéo) et l'Afrique de l'Est (populations bantoues), complété par des spécificités locales. En effet, fait exceptionnel, chaque échantillon, sans exception, présente un marqueur génétique résiduel de 2% à 5%. Cet ADN, appelé “Motif malgache”, ne correspond à aucune population connue ailleurs dans le monde.

Sur la base de ce résultat, une étude suggère que Madagascar a été peuplée il y a environ 1 200 ans par un petit groupe composé d’environ 30 femmes : 28 (93 %) avaient une ascendance d’Asie du Sud-Est et 2 (7 %) d’origine africaine. Ces navigatrices venues de l'île de Bornéo (Indonésie) ont formé le noyau maternel initial de l'île. Les unions avec des hommes d'origine africaine ont donné naissance au peuple malgache actuel. La contribution africaine est attribuée aux populations bantouphones de la côte mozambicaine (Makua et bantous).

Cela dit, la proportion de gènes diffère d’une région à l’autre. L’ascendance asiatique apparaît plus conservée chez les femmes que chez les hommes, et à l’intérieur des terres que dans les groupes côtiers. Les populations côtières ont environ 70 % d’ascendance africaine et 30 % d’ascendance asiatique, tandis que les tribus montagnardes ont généralement une ascendance africaine plus faible, autour de 45 %.

On est tenté d’évoquer les Mikea, mais une étude n’a trouvé aucun élément d’ascendance distinctif pour ces derniers. L’analyse génomique menée sur 21 Mikea, 24 Vezo et 24 Antemoro, ainsi que sur 50 individus issus des populations Bajo et Lebbo d’Indonésie révèle que les trois populations malgaches proviennent du même événement d’admixture impliquant des sources austronésiennes et bantoues. Les Mikea partagent des ancêtres communs avec les Vezo du Nord et les Masikoro. Leur mode de vie résulterait d’une adaptation culturelle et économique, un retour à la forêt pour fuir des conflits passés, et non d’une différence de nature génétique.

Ce sont les Betsileo qui présentent un équilibre génétique parfait avec une ascendance austronésienne de 50% et africaine de 50%. Malgré tout, ils possèdent également une fréquence élevée d’un gène maternel propre à l'île, le fameux “Motif malgache”, confirmant qu'ils sont issus du même groupe de femmes fondatrices que les Merina, les Vezo et les Mikea.

Mais qu’est-ce que le “Motif malgache” ? Il s’agit d’une mutation spécifique de l'ADN mitochondrial (transmis exclusivement par les mères). Sa particularité est qu'il a accumulé deux mutations uniques qui ne se trouvent nulle part ailleurs dans le monde.  Ce qui en fait une signature exclusivement propre à Madagascar. Cet ADN résiduel mystérieux est présent à des taux élevés (13 % à 50 %) chez les Merina, les Vezo et les Mikea.  Ceci prouve de manière irréfutable que ces trois groupes, aux modes de vie pourtant si opposés, partagent les mêmes mères fondatrices arrivées sur l'île il y a plusieurs siècles. En effet, cette mutation n’aurait pu se développer qu’au sein du petit groupe de femmes pionnières austronésiennes.

Le “Motif malgache”, une capsule temporelle biologique, est donc le ciment biologique de l'unité malgache. 

Annonce publicitaire: