La laïcité ne signifie pas interdiction de prier
La Laïcité est un principe républicain qui découle de plusieurs siècles d’observation de la vie socio-politique. Combien de morts sous l’Inquisition lorsque l’Église avait la main sur la cité ? Combien de morts depuis que ceux qui ont créé des monstres qui vont ensuite tuer les nôtres sévissent en raison d’un livre mal lu ? Croisade et jihad, combien de victimes ? Théocratie et charia, même combat...
La Laïcité de l’État ne signifie pas interdiction de la religion, encore moins interdiction de prier. La Laïcité signifie simplement que l’État ne s’occupe pas des affaires de l’église et l’église ne s’occupe pas des affaires de l’État. C’est dans toutes les Constitutions malgaches depuis le retour de l’indépendance de Madagascar.
La première, celle de 1959, stipule dans son article 2 que “La République Malgache (...) affirme sa neutralité à l'égard des différentes religions. L'État et les Églises jouissent de leur autonomie dans leur domaine respectif. Ils s'interdisent toute immixtion dans le domaine qui n'est pas le leur”.
La dernière Constitution, celle de 2010, est plus explicite dans son article 1 : “Le peuple malagasy constitue une Nation organisée en État souverain, unitaire, républicain et laïc”. L’article suivant apporte même plus d’explication : “L'État affirme sa neutralité à l'égard des différentes religions. La laïcité de la République repose sur le principe de la séparation des affaires de l'État et des institutions religieuses et de leurs représentants. L'État et les institutions religieuses s'interdisent toute immixtion dans leurs domaines respectifs”.
Tout ceci nous ramène à rappeler trois principes fondateurs de la laïcité :
- Séparation de l’État et des religions. L’État ne reconnaît et ne doit subventionner aucun culte, encore moins salarier des religieux.
- Liberté de conscience et de culte. “La liberté de pensée, de conscience et la pratique de la religion sont garanties à tous, sous les seules réserves du respect de la morale et de l'ordre public. L'Etat protège le libre exercice des cultes”, lit-on dans la Préambule de la Constitution de la Première République. “Les libertés d'opinion et d'expression (...) de conscience et de religion sont garanties à tous et ne peuvent être limitées que par le respect des libertés et droits d'autrui et par l'impératif de sauvegarde de l'ordre public, de la dignité nationale et de la sécurité de l'État”, assure l’article 10 de l’actuelle Constitution.
- Égalité de tous devant la loi. Seule la laïcité, un principe de neutralité et de liberté, peut l’assurer, sans distinction de religion ou de conviction.
Depuis 1972, les chefs d’églises se sont immiscés dans les affaires de la République sans y avoir droit, souvent de manière inopportune.
En 1991, un certain 10 août, des religieux étaient à la tête du cortège vers Iavoloha contre Didier Ratsiraka. Résultat : un massacre qui fera une centaine de morts.
En 2002, "les chefs d'église du FFKM se rangèrent du côté des partisans de Ravalomanana qui refusèrent le second tour, sous le prétexte officiel de la lutte pour le respect de la voix des urnes (...) N'ayant pas les données du problème entre les mains, le FFKM n'avait pas à adhérer à un camp ou à l'autre”, écrivait le regretté père Sylvain Urfer dans "Le doux et l'amer", publié en 2003 aux éditions Foi et Justice. Résultat : une guerre militaro-civile dont le nombre de victimes demeurent encore inconnues.
2009, les chefs religieux qui ont porté Marc Ravalomanana en 2002 au pouvoir sont les mêmes qui vont aider Andry Rajoelina à le chasser du palais d’Ambohitsorohitra. Résultat : 28 manifestants tués et 212 autres blessés.
Politiquement, cela se traduit par une lobotomisation de masse qui rend la population indéfiniment en attente de mannes qui vont tomber du ciel. N’a-t-on pas déjà entendu “ne craignez pas, croyez simplement” en guise de programme électoral ?
Combien de politiciens véreux, députés ou maires, ont réussi à tromper le peuple en réussissant à se faire élire parce qu’ils ont obtenu la bénédiction des chefs religieux à coups d’espèces sonnantes et trébuchantes ?
C’est que la coalition des “Fiangonana zokiny” finissent par s’imposer ostentatoirement et devenir une force politique réputée incontournable. Le mandat donné à la FFKM pour diriger la Concertation nationale en est l’illustration.
Est-ce un signe avant-coureur que l’on va sacrifier la laïcité sur l’autel de la Refondation ? Un vade retro gros d’autres sacrilèges à l’endroit de la République de Madagascar dont la Constitution stipule, entre autres, que “la démocratie et le principe de l'État de droit constituent le fondement de la République. Sa souveraineté s'exerce dans les limites de son territoire. Nul ne peut porter atteinte à l'intégrité territoriale de la République. Le territoire national est inaliénable”.
Démocratie, État de droit, intégrité territoriale... Autant de valeurs dont l’avenir ne semble plus garanti à l’allure où vont les choses. Et les bruits de palais.
Et pourtant, c’est la “révision [de la Constitution] en vue de renforcer le pouvoir des gouvernants au détriment des intérêts de la population [qui] sont les causes des crises cycliques”. Ce n’est pas dans la Bible, c’est dans l’évangile selon la République.
Tous les président de la République qui se sont succédé sont invités à la Concertation nationale. C’est un principe républicain. Faire tout un plat sur l’invitation adressée à l’endroit de Andry Rajoelina est donc anormal. D’autant plus qu’il ne viendra sûrement pas. En tout cas, ceci montre déjà la fébrilité de la FFKM a tenir le cap pour assurer la réussite d’un événement dont dépend l’avenir de Madagascar. Ce qui n’augure rien de bon.