Retour à Mangatsa, le village fantôme de Tsiranana

Mangatsa tire son nom d’un petit lac sacré séculaire que les adeptes des pratiques traditionnelles continuent de fréquenter. Mais il y a aussi un vieux baobab de 400 ans et des lémuriens en liberté. Pas plus tard que mercredi 17 décembre, un phénomène s’est survenu : le crocodile du lac, que les visiteurs ne voient jamais, est exceptionnellement apparu. Bon ou mauvais présage ? Visite guidée...

Image de couverture de Retour à Mangatsa, le village fantôme de Tsiranana
Le crocodile du lac Mangatsa, photographié le mercredi 17 décembre vers 15h...

Un endroit pour passer de bons moments entre amis le week-end

A Majunga, quand on veut visiter les alentours, on parle toujours de la grotte de Belobaka, des Cirques rouge, d’Antsanitia et de Katsepy... Rarement de Mangatsa. Et pourtant, c’est une destination touristique qui mérite le détour. Résultat : elle dépérit. Deux visites, octobre 2019 et décembre 2025, permettent de la constater...

Mangatsa est une des villégiatures de l’ancien Philibert Tsiranana. L’auteur de ces lignes voulait donc y emmener des défenseurs du patrimoine, regroupés au sein d’un programme affilié à l’Unesco, afin de visiter le musée Tsiranana créé par sa petite-fille, Eliane Bezaza. L’Office du tourisme local nous signifie que le musée est fermé. Qu’à cela ne tienne, on va y aller quand même. La déception a dépassé toutes nos espérances. Le musée n’est pas fermé. Il a carrément disparu, corps et âme. A la place, il ne reste plus que la fondation en béton. De surprise en surprise, on s’aperçoit que l’ancien bar-restaurant Kalotody (du nom de l’ancienne première dame) n’est plus que l’ombre de lui-même et la piscine, que l’eau a abandonné depuis des décennies, rappelle la ruine d’un théâtre romain. Malgré la désolation, certains éléments rappellent que les lieux ont connu de jours meilleurs. Une machine à labourer rouillée par ci, des carcasses de vieilles voitures par là. Et différentes ruines de maison en dur...

A la place du musée (2019), il ne reste plus rien et le temps efface sur les murs les dessins et inscriptions du bar-restaurant Kalotody.

En ouvrant le bar-restaurant Kalotody, Philibert Tsiranana voulait faire de Mangatsa un endroit pour passer de bons moments entre amis le week-end. Il n’en reste plus qu’un village fantôme sur lequel veille Charlot (cela ne s’invente pas), qui accueille les visiteurs avec un carnet de tickets d’entrée devenu le prolongement de son bras. En effet, il faut payer 2.000 ariary par personne pour un tour du site. Paradoxalement, l’un des guides s’appelle Monima (cela ne s’invente pas non plus), baptisé du nom du parti farouchement opposé au président Tsiranana.   

Cela dit, entre Monima et Safidy, vous avez le choix pour vous faire visiter le doany situé sur le lac Mangatsa et qui daterait du temps du roi Andriamandisoarivo, le fondateur du royaume sakalava du Boeny (entre 1685-1710), traverser la petite forêt de manguiers à la découverte du “manga dodosy”, faire un vœu devant “Bozy Be”, le baobab séculaire, saluer et donner à manger (c’est permis) aux babakoto, des lémuriens Indri-indri en liberté... Bref, il reste encore à voir à Mangatsa, malgré tout.

Le musée Philibert Tsiranana, à l’époque où il existait encore (2019).

Aller à Mangatsa, c’est faire revivre une destination touristique qui ne mérite pas de dépérir de la sorte. A 18 km de Majunga, avant de bifurquer vers Antsanitia, continuer pendant quelques minutes sur une route en terre aisément carrossable. C’est vital pour la population locale. 

Le musée Tsiranana a disparu. Mais Mangatsa reste un musée vivant qui protège la mémoire collective contre l’oubli et favorise la transmission des savoirs traditionnels, un musée à ciel ouvert qui raconte l’histoire d’une communauté, un espace pédagogique qui complète l’enseignement scolaire et universitaire par l’observation directe et permet la médiation culturelle, notamment en matière de tolérance, de compréhension mutuelle et de réflexion critique sur le passé et le présent.

Récemment, en novembre 2025, Mangatsa a occupé les faits divers car des poissons sont retrouvés morts dans le lac où il est interdit de pêcher. Ceci a donné lieu à une observation scientifique qui a permis de constater que le phénomène est dû à des perturbations écologiques. Le lac Mangatsa est composé d’eaux marines et d’eau douce. Les poissons y sont donc de deux sortes et les poissons morts sont essentiellement des espèces marines. « La cause de cette situation serait la diminution du taux de sel dans les eaux du lac après trois jours consécutifs de fortes pluies à Mahajanga. Cette situation pourrait s’expliquer par l’effet des feux de brousse et des polluants. Les déchets charriés par les crues vers le lac ont souillé les eaux. Le taux de sel dans le lac a également diminué. En raison de l’insuffisance d’oxygène dans l’eau, les poissons ont été asphyxiés », a déclaré un technicien du service de l’Élevage et de la Pêche. Ou quand Mangatsa devient un laboratoire scientifique.

Loin de la science, mais proche de la foi populaire : un phénomène s’est également survenu. On dit que dans le lac se trouve un crocodile. Mais il se présente depuis toujours comme un serpent de mer, tel le monstre du Loch Ness. “Un vazaha a déjà proposé un million de fmg à celui qui le trouverait. Il a même apporté des viandes pour le jeter dans le lac. Mais en vain”, raconte Safidy. Pourtant, pas plus tard que mercredi 17 décembre, le crocodile est apparu, près du doany. Une belle bête de deux mètres qui se prélassait au bord du lac.  A l’approche d’une poignée de chanceux vacanciers venus du Fisakana (ceci explique peut-être cela ?), il a ouvert sa gueule, mais sans bouger et sans aucune attitude hostile. Restons optimistes et espérons que cette apparition exceptionnelle est annonciatrice de bons présages. Le pays en a besoin en ce moment. Mangatsa aussi...

Image furtive d’une rencontre surprise.

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