Affaire Ravatomanga : les PPN comme instruments de pouvoir et de richesse

L’affaire Mamy Ravatomanga a révélé un mécanisme sophistiqué de trade-based money laundering (blanchiment de capitaux basé sur le commerce) où des transactions apparemment légales servent à dissimuler des flux financiers massifs.

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Mamy Ravatomanga a toujours nié son implication dans l’affaire Boeing 777. Or, les enquêtes à l’île Maurice ont permis de constater que la société Udaan, qui a délivrée les certificats d'immatriculation, figure sur la liste de ses biens gelés à l’île Maurice. Lors des enquêtes à Madagascar, Kushwinder Singh a déjà cité le nom de Mamy Ravatomanga sans plus de précision.

La FCC soupçonne un blanchiment de capitaux basé sur le commerce de farine et de blé

Lors de la Private Notice Question du mardi 25 novembre, le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, avait demandé des clarifications au Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, sur l’enquête complexe sur le magnat malgache. Le PM a répondu que les investigations de la Financial Crimes Commission (FCC) touchent plusieurs secteurs stratégiques : trafic de bois de rose, commerce de blé et de farine, exportation de litchis, acquisition de cinq Boeing pour l’Iran ainsi que des affaires de trafic d’influence et de violation de la confidentialité. Selon les enquêteurs, le commerce de blé et de farine ne constituait pas seulement un marché : il aurait servi de véritable instrument de blanchiment.

Grâce au mécanisme de tax rebate, certains opérateurs pouvaient déclarer des volumes d’exportation supérieurs à la réalité, générant un excédent de fonds non déclarés. Ce schéma illustre parfaitement la typologie classique du blanchiment de capitaux basé sur le commerce, où des flux financiers illégaux se cachent derrière des transactions légitimes.

Andry Rajoelina au mariage de la fille de l’actionnaire de l’huilerie HITA

Pendant que les enquêtes progressaient, les figures centrales du régime de 2009 prenaient la fuite. L’ex-président malgache, Andry Rajoelina, circule depuis le 12 octobre entre la France et Dubaï, aux Émirats arabes unis, privé de sa nationalité malgache. Son homme de confiance, Mamy Ravatomanga, a quitté Madagascar dans la nuit du 11 au 12 octobre pour Maurice à bord de son son jet privé, accompagné de l’ex-Premier ministre malgache, Christian Ntsay, faisant face à plusieurs accusations : blanchiment, trafic d’influence, abus de position et détournement de fonds publics.

Au cœur de ce dispositif se trouve l’Huilerie industrielle de Tamatave (HITA), la principale huilerie industrielle du pays. Le monopole est consolidé par la manipulation des droits de douane, le blocage de licences et des interventions politiques discrètes. Trois noms y dominent : Sahid Kamis, Sohib Nissaraly et Galib Asgaraly, des quincailliers devenus barons de l’huile, du riz, du sucre et de la farine, transformant l’entreprise en un véritable empire multiproduits. Avec un chiffre d’affaires de USD 100 millions en 2021 – probablement le double en 2024 –, HITA n’est pas une simple huilerie : c’est une machine à cash. La pénurie artificielle d’huile et des produits de première nécessité entretenue par la compagnie State Procurement of Madagascar servait des intérêts privés, tandis que l’État se limitait au rôle de simple instrument. La société verrouillait chaînes d’approvisionnement et prix, transformant des produits de première nécessité en rente privée.

Le parallèle avec Mamy Ravatomanga est évident. En 2024, il aurait racheté les parts de Galib Asgaraly pour USD 30 millions, la destination exacte – Maurice, Dubaï ou les deux – restant inconnue. Cette opération illustre un phénomène récurrent : la concentration des monopoles entre les mains d’acteurs proches du pouvoir utilisant les structures légales et fiscales pour dissimuler des flux financiers massifs. En juin 2025, le mariage de la fille de Sahid Kamis a scellé publiquement cette alliance : 300 invités, strass et ornementations, avec Andry Rajoelina à la table d’honneur. Cet événement symbolise la fusion du pouvoir politique, du capital économique et de l’influence sociale, accompagnée de transactions financières invisibles, mais colossales.
Une expansion internationale organisée

Autour de ce noyau gravit un cercle d’acteurs régionaux, tels que Nassir Inayataly, impliqué dans l’expansion de l’HITA à Toliara. Menaces en privé, spectacle en public : il a été arrêté à Dubaï pour des menaces enregistrées avant de regagner discrètement sa province. Comme Mamy Ravatomanga, il opère sous l’illusion d’une impunité internationale, manipulant les lois locales à son avantage. Le modèle économique dépasse Madagascar : hôtels, 4x4, résidences et appartements à Dubaï témoignent de la mobilité internationale des capitaux. Les structures offshores et les sociétés mauriciennes jouent un rôle clé dans le blanchiment de fonds à Maurice : OUTWORLD Ltd (2009-2013), qui était dans l’offshore à Maurice jusqu’en 2013 avant de passer sous la bannière offshore des Seychelles. Happy Loc est devenue Higglo International Trading, avec des flux financiers circulant entre Maurice, Dubaï et la Suisse.

Ce système entraîne des répercussions concrètes : l’artificialisation des prix de l’huile a rendu le produit inaccessible, favorisant la multiplication d’huileries artisanales parfois toxiques, causant intoxications et décès. L’État se confond avec la mafia économique, qui contrôle l’accès aux biens essentiels. Depuis 15 ans, le pays paie le prix de ce réseau : infrastructures à l’abandon, hôpitaux inachevés, écoles en ruine, fonds publics détournés. Même des gestionnaires de fonds «ordinaires» se retrouvent embarqués dans des véhicules d’investissement liés à ce système, preuve que l’HITA est un rouage d’un mécanisme global mêlant monopoles, politique et finance internationale.

Derrière chaque transaction légale se cachent des flux financiers colossaux

Le réseau Ravatomanga combine commerce, monopole, blanchiment et influence politique, créant un écosystème opaque et rentable. Le trade-based money laundering n’est que la partie visible de l’iceberg : derrière chaque transaction légale se cachent des flux financiers colossaux, des alliances politiques solides et un contrôle social sur les biens essentiels. L’enquête a révélé un système structurellement ancré, construit autour de monopoles, de rentes artificielles et de complicités étatiques. Ce n’est pas seulement une affaire de blanchiment ou de fuite de parrains : c’est un modèle économique parallèle où quincailliers et barons de l’huile transforment des produits de première nécessité en instruments de pouvoir et de richesse, alors que le pays a subi 15 ans d’opacité, d’inefficacité et de pillage organisé.

Derrière Higglo International Trading Ltd : Direction, siège et structure

Higglo International Trading Ltd, enregistrée le 20 juillet 2016 à Maurice, est une société privée à responsabilité limitée par actions. Son siège social est situé au quatrième étage de l’Hennessy Tower, à Port-Louis, avec une prise d’effet officielle depuis le 12 avril 2018. La société est dirigée par plusieurs directeurs, dont Mahomed Jaffar, Hadjee Kamis Sahid Mohamed, Nissaraly Sohib Mohamed et la société ML Associates Ltd. Elle est légalement représentée par l’agent enregistré, MA Corporate Ltd. Higglo International Trading Ltd opère dans une structure autorisée pour les sociétés limitées par actions, reflétant son statut actif et sa capacité à entreprendre des activités commerciales à Maurice.


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