Les 100 jours de la Refondation

Les 100 jours servent de baromètre politique, évaluant la capacité d'un leader à transformer l’accession au pouvoir en action concrète. Inspiré du New Deal de F. D. Roosevelt, c’est un délai symbolique pour fixer un cap, accélérer des réformes et tenter d'apaiser ou de mobiliser l'opinion. Qu’en est-il du régime de la Refondation à Madagascar ?

Image de couverture de Les 100 jours de la Refondation

...Blautaronja

La Refondation a fait en cent jours ce que les régimes précédents, blautaronja - bleu et orange, n’ont pu, su ou voulu faire en quinze ans.

  • La Jirama ne sort plus son agenda quotidien de délestages tournant, au grand soulagement des petites et moyennes entreprises qui dépendent de l’électricité pour fonctionner.  
  • Le DG israélien de la Jirama remplacé au nez et à la barbe du FMI, dont une mission était de passage au pays au moment où cela se passait, alors qu’on le croyait indéboulonnable en raison de son contrat passé avec l’aval de Bretton Woods. 17.000 $ de salaire mensuel sans résultat palpable. C’est comme l’entraîneur de l’équipe nationale de football, Corentin Martins. +10.000 $ pour de piètres performances : sans CAN, ni Coupe du Monde.
  • Inflation de 7,2% en novembre 2025, le plus bas depuis juin 2024, avec un objectif de stabiliser l'inflation autour de 6-7% à moyen terme. 
  • 14% d’augmentation de salaires pour les agents de l’État depuis la paie de janvier, soit deux fois supérieure à l’inflation, une première en cinq ans. 310.000 ar de prime de fin de l’année pour les fonctionnaires en exercice, différentes sommes pour les retraités. Le tout, issus de reliquats que les blautaronja se sont toujours mis dans les fouilles. Annoncé pour juillet 2026, 200.000 ar d’augmentation de l’indemnité de logement, ainsi que 135.000 ar d’indemnité de craie pour les enseignants, rubrique indemnitaire 508 pour les autres. Autrement dit, 335.000 ar de plus. Qui dit mieux ?
  • Création de 13. 274 postes budgétaires pour remplacer les 5682 départs.
  • Intégration dans le corps des fonctionnaires des agents contractuels ayant plus de six années de service effectif (Andry Rajoelina l’a porté à dix ans pour éviter justement cette intégration).
  • Déblocage des avancements de grade et d’échelon pour l’ensemble des corps, ainsi que les indemnités afférentes au départ à la retraite et aux décès des agents de l’État et les congés non pris. 

La liste est longue et on risque d’en oublier.

À l’époque des blautaronja, aucune décision ne se prenait sans des considérations politiques, même un WC public. Faut-il rappeler ici que Andry Rajoelina en déjà inauguré au moins un ? Comme si inaugurer des toilettes publiques fait partie des obligations d’un président de la République. Mais cela n’étonne pas quand on sait que le moindre fait est qualifié comme étant une directive présidentielle. Un “araka ny toro-hevitra nomeny” à la sauce djoutché.

Au royaume de la corruption, on reconnaît un marché public par le son qu’il fait en tombant. En cas d’insomnie, au lieu des moutons, comptez les bâtiments effondrés et les infrastructures détériorées bien avant les cérémonies d’inauguration. Qu’importe la façon, pourvu qu’on ait la richesse. Chaque signature est ainsi précédée d’une valse d’espèces sonnantes et trébuchantes. Il n’est donc pas étonnant que les routes nationales autant que communales n’ont jamais été aussi en mauvais état et Antananarivo n’a jamais été aussi défiguré qu’au temps du blautaronja. Votez pour un candidat proche du pouvoir qu’ils disaient. Le verdict des urnes ne faisait apparaître que des scandales à répétition : SMGD, Cnaps pour ne citer que les plus importants...

Résultat : la qualité de vie des Malgaches n’a jamais été au plus bas depuis le retour d’Indépendance. Touchons du bois et espérons que la Refondation ne prenne le chemin du blautaronja.

« Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument » disait Lord John Emerich Edward Dalberg-Acton, historien et homme politique britannique (1834-1902), pour dire que le pouvoir n'est pas intrinsèquement corrupteur, mais il crée des conditions propices à la corruption morale. Plus la concentration du pouvoir est grande, plus le risque de dérive dictatoriale ou immorale est élevé. L'absence de contre-pouvoirs mène inévitablement à des abus radicaux. Mais c’est une autre paire de manches.

A Morondava, une Maison de la Culture et de la Communication d’environ un milliard d’ariary s’effondre bien avant son inauguration.

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