Des milliers d’humains pourraient bientôt être sauvés grâce à des greffes d’organes de porc
La pénurie d’organes disponibles pour la transplantation reste l’un des grands blocages de la médecine moderne. Chaque année, des milliers de patients meurent faute de donneurs compatibles. Face à cette impasse, la recherche explore désormais une solution longtemps jugée irréaliste. Les greffes d’organes de porc génétiquement modifiés commencent à être testées chez l’humain. Ces premières interventions ne relèvent plus de la science-fiction. Elles reposent sur des avancées concrètes en génétique et en immunologie. Ces progrès sont le fruit de plusieurs décennies de recherche fondamentale. L’objectif est clair. Proposer une alternative crédible et mieux contrôlée aux dons humains, tout en limitant les risques de rejet. Pour les équipes médicales, il s’agit avant tout de gagner du temps face à l’urgence vitale.
Les greffes d’organes de porc répondent à la pénurie de greffons humains
La pénurie de greffons est aujourd’hui un problème mondial. Malgré les campagnes de don, l’offre reste très inférieure à la demande. Selon des données relayées par The Guardian, plus de 12 000 personnes au Royaume-Uni sont mortes ou ont quitté les listes d’attente au cours des dix dernières années sans recevoir d’organe. Cette situation touche en priorité les patients atteints d’insuffisance rénale terminale. Dans de nombreux pays, les délais d’attente continuent d’augmenter.
Pour beaucoup d’entre eux, l’attente dépasse largement l’espérance de survie. Certains ne sont même plus éligibles à une transplantation humaine classique. D’autres voient leur état se dégrader avant qu’un donneur compatible ne soit trouvé. Cette réalité explique pourquoi des solutions alternatives sont désormais étudiées sérieusement. La question n’est plus seulement médicale, mais aussi éthique et organisationnelle.
Les greffes d’organes de porc s’inscrivent dans ce contexte d’urgence médicale. L’objectif n’est pas de remplacer le don humain, mais de proposer une option supplémentaire. Ces approches ciblent d’abord les patients les plus à risque, pour lesquels les traitements actuels ne suffisent plus. Elles ouvrent ainsi une nouvelle voie face à une pénurie qui s’aggrave chaque année. Enfin, elles pourraient aussi réduire la pression sur les systèmes de santé.
Des porcs génétiquement modifiés permettent de limiter le rejet immunitaire des greffons animaux
Pendant longtemps, le principal obstacle aux greffes issues de l’animal a été le rejet par le système immunitaire humain. Lorsqu’un organe étranger est implanté, le corps le reconnaît comme une menace. Il déclenche alors une réaction rapide, capable de détruire le greffon en quelques jours. Ce phénomène a longtemps freiné toute application clinique durable.
Des travaux menés par des équipes de l’université NYU Langone ont permis d’identifier précisément ces mécanismes. Les chercheurs ont montré que le rejet repose sur l’action combinée des anticorps et de certaines cellules immunitaires. Cette compréhension fine marque une rupture avec les tentatives passées, souvent limitées à des essais empiriques. lle permet désormais d’anticiper les réactions plutôt que de les subir.
Pour contourner ce problème, les porcs utilisés pour ces greffes subissent plusieurs modifications génétiques ciblées. Ces ajustements empêchent le système immunitaire humain de reconnaître l’organe comme totalement étranger. En parallèle, les chercheurs ont démontré qu’il est possible de contrôler les réactions immunitaires avec des médicaments déjà disponibles. Cette avancée ouvre la voie à des greffes plus stables et mieux tolérées chez l’humain. Elle renforce aussi la sécurité des protocoles actuels.
Les greffes d’organes de porc ouvrent la voie à une médecine plus disponible
Les premières greffes d’organes de porc chez l’humain marquent un changement d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de démontrer que ces interventions sont possibles. L’enjeu est désormais de les rendre fiables, reproductibles et accessibles à un plus grand nombre de patients. Les essais actuels concernent en priorité des personnes pour lesquelles aucune autre option n’existe. Ces profils permettent d’évaluer les bénéfices réels face aux risques.
Les chercheurs restent prudents. Les risques immunitaires, infectieux et à long terme doivent encore être évalués. Toutefois, les résultats récents montrent que les greffons porcins peuvent fonctionner durablement dans certaines conditions. Les progrès en modification génétique permettent aussi d’envisager des organes de mieux en mieux adaptés à aux humains. Cette adaptabilité constitue l’un des atouts majeurs de cette approche.
À terme, cette approche pourrait transformer l’organisation des transplantations. La dépendance au don humain serait réduite. Les délais d’attente pourraient être raccourcis. Pour des milliers de patients, cela signifierait une chance supplémentaire de survie. Les greffes d’organes de porc ne remplacent pas la solidarité humaine. Elles offrent cependant une nouvelle réponse à une pénurie devenue structurelle.
Une ferme-laboratoire déjà opérationnelle aux États-Unis
A Blacksburg, en Virginie, 200 porcs génétiquement modifiés sont élevés dans des conditions totalement aseptisées au sein de la ferme-laboratoire de l’entreprise Revivicor. La recherche sur la xénogreffe avance très vite aux Etats-Unis et une 3e greffe de rein a été réalisée le 25 novembre 2024 sur une patiente de 53 ans, grâce à l’organe d’un cochon élevé à Blacksburg.
L’unique rein de Towana Looney ne fonctionnait plus depuis 2017. Cette habitante de l’Alabama vivait depuis sous dialyse, mais son état général se dégradait fortement. Un hôpital new-yorkais a été autorisé à pratiquer cette greffe de rein, à la suite de laquelle la patiente reste pour le moment hospitalisée tout en déclarant, voilà deux semaines, aller bien.
Les deux transplantations précédentes à partir de reins de porcs s’étaient terminées par le décès des patients quelques semaines plus tard.
Le prix de vente d’un rein ainsi conçu tournerait alors autour du million de dollars, soit environ le coût de dix ans de dialyse aux Etats-Unis, rapporte Futura. Revivicor anticipe déjà l’autorisation de la FDA et prévoit la construction de plusieurs fermes-usines dix fois plus grandes que celle de Blacksburg, coûtant un a deux milliards l’unité.
A ceux pour qui il n’y a pas de petits bénéfices, précisons tout de même que le reste de l’animal élevé pour ses organes est détruit, car il est jugé impropre à la consommation. Quant aux défenseurs du bien-être animal ou aux opposants à cette méthode qui entend faire des animaux les fournisseurs de « pièces de rechange » pour les humains, le PDG de Revivicor leur répond qu’utiliser un porc « pour ses organes à des fins de xénogreffe, c’est bien plus noble » que de finir en morceaux de viande.