Les Malgaches ont une conscience nationale depuis la nuit des temps
Le “rêve américain” du Malgache moyen est de partir en France, dont rien que l’évocation du nom lui fait voir des étoiles dans les yeux. L’ancien président, Andry Rajoelina, a été ousté parce qu’il possédait la nationalité française. Mais la vraie raison est politique, liée à l’échec de l’ancien DJ à conduire le destin du pays, car la majorité des Malgaches rêvent intérieurement, qu’on se le dise, de posséder une “nationalité”, généralement française. 66 ans après, des Malgaches évoquent encore l’indépendance avec un certain mépris.
Cette indépendance que l’on déteste, c’est ce qu’ont rêvé les insurgés Menalamba dès 1895, les conduisant à prendre les armes. C’est ce qu’ont aussi rêvé les membres du parti politique estudiantin Vy Vato Sakelika à partir de 1913, les conduisant à fomenter un plan secret : empoisonner le système d’alimentation en eau des autorités coloniales. À la suite de ce complot, 400 militants ont été arrêtés. Mais il ne faut pas oublier aussi la jacquerie des Sadiavahy, dans le Sud, contre les injustices du système colonial, principalement l’impôt et le travail forcé. À défaut de connaître le nombre des victimes lors de la pacification coloniale, retenons les principaux chefs de la lutte pour la prospérité : Masikavelo, Mahatomby, Fanolahy et Tsirekitsy.
À propos de travail forcé, dire du mal de l’indépendance, c’est faire preuve d’une ignorance absolue de l’histoire car les Malgaches, soumis au Code de l’indigénat, étaient contraints de fournir une main-d'œuvre gratuite ou peu rémunérée à travers des systèmes de corvées et d'impôts lourds.
Dès le début de la colonisation, le général Gallieni obligeait tout homme adulte à fournir 50 à 60 jours de travail gratuit par an pour construire des routes, des bâtiments administratifs, ou à transporter des marchandises. Un service de prestation officialisé en 1926 par le SMOTIG (Service de la main-d’œuvre des travaux publics) qui recrute par tirage au sort des jeunes hommes pour des chantiers pénibles avec des conditions particulièrement dures.
Cette indépendance que l’on déteste, c’est la raison qui a motivé les partisans du MDRM, un peu partout à Madagascar, à attaquer les colons dans le but de les chasser de Madagascar, en mars 1947. La répression sera terrible : 80.000 selon les observateurs, 12.000 selon les colons.
À lire aussi : Génocide et indemnisation : à combien de morts ?
L'insurrection malgache de 1947 a profondément marqué la conscience nationaliste des pays sous le joug des colons. Un symbole de la résistance qui a particulièrement inspiré le vietnamien Hồ Chí Minh et fait partie des déclencheurs de la guerre d’indépendance algérienne. D’autant plus qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les nationalistes malgaches ont abandonné les revendications d’avant 1939, portant égalité des droits entre Malgaches et citoyens français, pour demander simplement l’indépendance.
Mais alors, pourquoi certains disent-ils du mal de l’indépendance ? Parce que depuis le retour de l’indépendance, les dirigeants qui se sont succédé n’ont pas été à la hauteur de leurs missions et ont entraîné Madagascar dans l’abîme de la paupérisation. Ils cultivent alors le mythe d’une décolonisation inachevée doublée d’une politique du diviser pour régner cher au général Galliéni pour faire diversion et garder le pouvoir le plus longtemps possible.
Et si on change le texte de prestation de serment du futur président de la République par celui du VVS ?
“Moi, Ra..., j'accepte sincèrement d'être soldat de ma patrie, Madagascar. Je la servirai jusqu'à mon dernier souffle, de toutes mes forces, même au prix de mon sang ! S'il le faut.
Je resterai fidèle jusqu'à la mort, quoi qu'il arrive.
Je jure d'aimer tous les Malgaches, et pas seulement Madagascar ; et désormais, je ne tiendrai plus compte des différences raciales ou ethniques. Je considérerai les Malgaches comme un seul peuple, indivisible et inséparable. Je les aimerai et les aiderai, si nécessaire, autant que je le pourrai.
Et Madagascar, ma patrie : je la secourrai et l'aiderai face au désastre qui la frappe, même au prix de ma vie ! J'aimerai ma patrie plus que l'argent, les richesses, et quiconque ! Plus que moi-même !
Je fais ce serment devant Dieu, les ancêtres et les témoins ici présents. Si je trahis, que le malheur s'abatte sur moi”.
Ce texte date de 1912 ! Oui, les Malgaches ont une conscience nationale depuis la nuit des temps, Etienne Flacourt affirme que où qu’il aille, les habitants de la Grande île se font appeler Malagasy (“Histoire de la Grande Isle Madagascar, 1658). Ce sont les autorités coloniales qui ont semé la division pour mieux asseoir leur règne et ont transmis le flambeau de la discorde à leurs héritiers locaux sous prétexte de dichotomie Centre et périphérie. Mais c’est une autre histoire.
Les Malgaches sont franchouillards
Certainement un héritage de la colonisation, le Malgache moyen a les traits, la culture et le comportement traditionnellement associés au « Français moyen » avec un état d'esprit caractérisé par un certain chauvinisme, un attachement excessif aux traditions, un goût pour la gouaille, et parfois une certaine étroitesse d'esprit.
Le chauvinisme, comme son nom l‘indique, est un amour exacerbé de la patrie. Ce qui n’est pas condamnable. Mais il est souvent teinté d'un rejet ou d'une méfiance envers l'étranger, y compris les Français. Les Karana aussi et, plus récemment, les Chinois.
Les Saint-mariens gardent encore en travers de la gorge la suppression de leur double appartenance. Possession française dès 1750, Les Saint-mariens ont gardé les droits liés à la citoyenneté française mais exclusivement sur le territoire de la République française, même après le retour de l’indépendance. Ce privilège sera supprimé par la révision de l’accord franco-malgache du 4 juin 1973. Le chef de la délégation malgache lors de la révision de ces accords était le capitaine de frégate Didier Ratsiraka qui occupait alors les fonctions de ministre des Affaires étrangères. C’est lui qui a mené les négociations à Paris et a paraphé, puis signé, lesdits accords.
Autre caractère hérité des Français, il y a ce côté râleur des Malgaches, devenu un véritable trait culturel et social. À Madagascar comme en France, les sujets de prédilection sont les mêmes : les transports en commun, le coût de la vie, la circulation et l'état des routes, la propreté et la gestion des déchets. Et parallèlement au côté râleur, il y a cette propension à faire la grève entre deux jours fériés.
Enfin, l’attachement aux traditions entraîne une nostalgie des valeurs d’antan. Le plus connu est le respect de la discipline, symbolisé par le proverbe “personne n’ose voler, même la bouse de zébu retournée” qui illustre le respect sacré du droit de propriété et de l'intimité d'autrui. Si quelqu'un a retourné une bouse de zébu, c’est qu’il va le récupérer plus tard pour en faire de l’engrais. Mythe ou réalité, ce qui est vrai est que la sécurité est loin d’être assurée avec les guéguerres entre royaumes voisins qui n’ont jamais eue de répits jusqu’à l’époque d’Andrianampoinimerina et surtout le fléau du commerce d’esclaves qui ont conduit les Sakalava jusqu’aux portes de l’Imerina, principale source d’esclaves jusqu’à l’avènement, encore une fois de Nampoina.
À lire aussi : Allons tordre le cou aux idées reçues tribalistes...
Parallèlement à l’attachement aux traditions, il y a la célébration des clichés folkloriques. Le béret, la baguette et le vin rouge pour la France. Le lamba, le mofo gasy et le rhum artisanal pour Madagascar. Cette année : le gouvernement lui-même mène campagne pour le port d’habits traditionnels pour les gens qui viendront assister au défilé militaire du 26 juin. Une première qui s’inscrit dans cette tendance malgachouillard...