“Titi Tangôla, Tinaman !”...
De “Atolaka” à “Vazom-boana” en passant par “Rabaina” et “Rabôfy”, “sipa”, “ngetroka” et même “Titi tangola, tinaman !”, on aime bien parler, mais est-ce l’on connaît toujours d’où viennent ces mots et qu’est-ce qu’ils signifient exactement ?
Vous vous croyez branchés en utilisant des mots comme “Bobaka”, “Dangy”, “Jingy” et “Ngetroka”... Eh bien ! Sachez que les contemporains des Ranavalona les utilisaient déjà ! En tout cas, ils figurent dans le dictionnaire Malgache-Anglais édité en 1885 par le Rév. James Richardson (1844-1922).
Sinon, on n’est pas également les premiers à faire du “Vazom-boana” dont la recette n’a pas varié depuis des siècles : manger un aliment consistant (la viande de bœuf pour les ancêtres) afin d’apaiser l'estomac et faire passer le mauvais goût qui persiste dans la bouche après une intoxication alimentaire. Et dans alimentaire, on classe l’alcool dont on faisait grande consommation au temps des royaumes. On dit même que c’est ce qui a causé la décadence du royaume Sakalava lequel était pourtant arrivé à unir 1/3 de Madagascar. On dit aussi que Radama I a succombé à la suite d’une crise de delirium tremens et que son vrai-faux fils, Radama II, a perdu le trône en raison de son penchant pour l’eau de vie et la fumette avec ses amis “Menamaso” (les yeux rouges).
Pour la petite histoire, “Aoe” est à l’origine une interjection pour exprimer son dégoût, équivalent de beurk, avant que le chanteur Jaojoby Eusèbe en fasse son cri de guerre.
D’autres mots sont tombés aux oubliettes alors qu’ils méritent mieux pour exprimer certains concepts que l’on se plaît généralement à dire dans des langues étrangères : “angetsana” (caprice), “angola” (charme), “anjady” (chance, bonne ou mauvaise), “angareso” (excentricité), “sekatra” (homosexuel) et “antara” (froid ou frigide). Rien à voir avec “antaranoana”, signifiant éternel et qui est parti dans un silence sans fin. Enfin, cela fera peut-être plaisir à la poétesse Eja, autrice entre autres des paroles de “Teny Mamy” de Tovo J’Hay, que son nom veut dire : démarche fière ou démarche altière.
En tout cas, cela fera certainement plaisir à tout le monde de savoir que “Andriananahary” est le mot commun dans tout Madagascar pour appeler dieu et le mot “Malagasy” a été toujours utilisé par les habitants de l’île pour se désigner, où qu’il se trouvait, depuis au moins Étienne de Flacourt qui le note dans son “Histoire de la grande isle Madagascar” publié en 1651. Aucune mention des appellations de soi-disant 18 tribus. Ce sont les colonisateurs qui les ont vulgarisés dans le cadre de la politique diviser pour régner et que continue de poursuivre les Solelakistes de tout bord et de tout temps. Oui, l’expression “solelaka” existait avant même la colonisation. Son sens n’a pas changé d’un iota. Hier comme aujourd’hui, il sert à désigner la flagornerie des courtisans pour être bien vus des autorités. Comme quoi, la lèche-bottes blues est une tradition que certains de nos compatriotes se sont transmis, de bouche à oreille, à travers les générations. Rasanjy ne saurait mentir.
D’autres expressions existent également depuis la nuit des temps, mais avec des significations différentes avant d’être remises au goût du jour. Ainsi, “Atolaka” (qui vient de “Tolaka”) est parti de l’action d’envoyer valser ailleurs les maléfices d’un sorcier à envoyer valser (toujours) ailleurs, quelqu’un que l’on veut accuser d’un tort. Comme quoi aussi, ce n’est pas à nos aïeux qu’on va apprendre les trahisons et autres perfidies, ça les connaît.
Mais qui a eu cette idée folle un jour d’utiliser le vieux mot “daika”, marcher les jambes écartées ou marcher à califourchon comme si l'on chevauchait un animal imaginaire, pour désigner actuellement un idiot ? Autrement-dit un “Vendrana” qui décrit à l’origine, un état physique avec des yeux grands ouverts d'une manière anormale. Bête et béat.
Pour ne pas mourir bête, voici les origines de quelques mots du quotidien, selon les recherches personnelles de l’auteur de ces lignes.
À tout seigneur, tout honneur : “Rabaina” et “Rabaofy”. Qu’est ce qu’on n’a pas sorti comme littérature concernant ces expressions pour parler de Papa et Maman en dehors de leurs présences. Non, Rabaina ne vient pas de bagne - en tout cas, mon papa à moi n’est pas un gangster, et Rabôfy ne vient pas de bouffe – soi-disant parce que la place de la femme est à la cuisine. C’est trop clichés et dégradants. C’est juste une anagramme de “Rafotsy” et “Ramainty” dont on ignore la période de création.
| Rafotsy. Appellation d’une femme âgée. Exemple : Rafotsibeandriana (cf J. Richardson, 1885) | Ramainty : en symétrie à Rafotsy qui signifie littéralement “la blanche”. |
| Rafotsibe | Ramaintibe |
| Rabofitse | Rabaintime |
| Rabôfy | Rabaina |
C’est simple comme bonjour. Tout comme “sipa” (petite-amie/ami) qui vient vraisemblablement de l’anglais “courtship” : la période de relations amoureuses entre deux personnes qui apprennent à se connaître. D’où certainement aussi “mikaoty sipa” (faire la cour). Au temps des royaumes, on désigne sa dulcinée par “bokaka”, initialement un amadou fabriqué à partir de fibres de bananier pour faire du feu. Bah, le feu de l’amour ! Avec l’arrivée du christianisme, c’est devenu “bera” (ours), un mot qui apparaît dans plusieurs versets bibliques.
Du coq à l’âne, on va finir par une injure. Il s’agit d’une expression utilisée par les jeunes, surtout les très jeunes, pour se moquer des Chinois. “Titi tangôla, Tinaman !”. Quand on est enfant, on est souvent bête et méchant. Mais ne vous culpabilisez pas, c’est international.
“Titi tangôla, Tinaman” vient en fait de la corruption de l’anglo-américain “Chinkee, Chinkee, Chinaman !”. Le journaliste américain Théodore H. White (1915-1986), en parle dans sa biographie, “À la quête de l’histoire” (1978), lorsqu’il relate son enfance dans le Boston des années 20 : “le seul Chinois que j’avais vu était le blanchisseur d’Erie Street dont nous nous gaussons, à la manière des enfants, au cri de “Chinkee, Chinkee, Chinaman !”. Mais mon père disait qu’il ne fallait pas le faire” (pp. 26).
Ce seront les mots de la fin.