La mort lente à 9000 ariary
Madagascar ne dispose pas d’un registre national du cancer. Les données restent donc limitées. Ainsi, les dernières statistiques datent de 2022 et font état de 43.976 personnes vivant avec un cancer (prévalence sur 5 ans).
La difficulté d’accès au dépistage précoce, donc un diagnostic tardif, entraîne un taux de mortalité élevé. A Madagascar, les décès liés au cancer sont de 14.270 selon l’OMS.
En tout cas, selon encore les données de l’OMS, les cas de cancer sont en hausse progressive à Madagascar. Sans renforcement important de la prévention, du dépistage et des infrastructures de soins, le cancer pourrait devenir l’une des principales causes de mortalité dans le pays. On estime déjà que le risque d’avoir le cancer avant 75 ans est d’environ 1 personne sur 10 à Madagascar.
Par an, les nouveaux cas de cancer sont passés d’environ 18.000-19.000 en 2020 à 21.297 en 2022, soit environ un taux de croissance annuel de 7 à 8%en moyenne. Madagascar pourrait même dépasser 27.000 nouveaux cas par an en 2030, soit une augmentation totale potentielle de plus de 40% par rapport au niveau actuel.
Chez les femmes, les principaux cancers sont celui du col de l’utérus (35% des cancers féminins avec plus de 4000 nouveaux cas par an), le cancer du sein (2875 nouveaux cas par an) et le cancer colorectal.
Chez les hommes, c’est le cancer du prostate (2160 nouveaux cas par an), cancer du foie et lymphomes non hodgkiniens, des cancers du système immunitaire qui se développent à partir des lymphocytes, un type de globules blancs.
À Madagascar, les principales causes du cancer sont la croissance démographique, le vieillissement de la population, le tabagisme, les infections virales (HPV, hépatites B/C), l’urbanisation et les changements alimentaires et la pollution. Nous y ajoutons une autre, insidieuse mais grave : l’utilisation des objets en plastique. La pénurie d’eau oblige chaque foyer à utiliser des objets de stockage en plastique. Or, c’est potentiellement cancérigène.
En général, les produits en plastique, notamment les bouteilles, sont à usage unique et conçus pour être jetés immédiatement après une très courte utilisation. Fabriqués à base de pétrole, ils ne sont ni réutilisables ni recyclables efficacement, représentant une menace majeure non seulement pour l'environnement, mais surtout pour la santé.
Même neuves, les bouteilles en plastique et tous les emballages plastiques et ustensiles que nous utilisons tous les jours contiennent déjà entre 110 et 370.000 particules de nano plastique par litre d’eau en bouteilles. Les analyses ont montré que plus de 3600 substances chimiques provenant de ces emballages alimentaires se sont infiltrées dans notre organisme. Certaines de ces substances sont toxiques. À l’image des phtalates, associés à un risque accru de cancer du sein ; des bisphénols, lié au développement de cancers hormono-dépendants (sein, prostate) et à des troubles de la fertilité des métaux lourds ; le chlorure de vinyle (PVC), classé comme cancérogène avéré, facteur de risque pour le cancer du foie et les tristement célèbres PFAS, surnommés “polluant éternels”. En examinant près de 14.000 composés, les chercheurs ont découvert que 25 % d’entre eux étaient déjà présents dans les échantillons de sang et d’urine.
Les fûts bleus sont couramment revendus pour servir de réservoirs. Or, c’est strictement interdit pour l’eau potable car même lavé, le plastique poreux a absorbé des substances chimiques qui vont contaminer l’eau. Le prix de la mort lente va de 9000 ariary (bidon de 5 litres) à 180.000 ariary (fût de 250 litres). Les inscriptions sur les anciens contenus des bidons doivent déjà nous alarmer : corrosif, inflammable...
L'hypochlorite de calcium 70 %), par exemple, n'est pas classé comme un agent cancérigène pour l'homme par les principaux organismes de santé. Mais il existe un risque indirect de cancer avec la formation de sous-produits (comme les trihalométhanes) lorsqu'il réagit avec des matières organiques dans l'eau. L’exposition à long terme aux trihalométhanes (THM) est nocive et peuvent endommager le foie, les reins et le système nerveux central.
L'acide phosphorique (E338) non plus n'est pas classé comme cancérogène pour l'homme par les principales autorités de santé internationales. Mais comme on l’a déjà dit plus haut, le récipient en plastique peut contenir des résidus de cet additif alimentaire. Ce qui, à la longue, peut avoir un impact potentiel sur la densité osseuse et la santé rénale.
L'acide benzènesulfonique est un produit très corrosif qui doit être manipulé avec précautions. Les autorités sanitaires conseillent de ne pas le transporter avec des produits destinés à l'alimentation humaine ou animale. En effet, l 'acide benzènesulfonique résulte d’une réaction avec l'acide sulfurique concentré ou l'oléum (SO3 dissout dans l'acide sulfurique) et le benzène, lequel est dangereux à plus d’un titre car très toxique, irritant, cancérogène et mutagène.
Enfin, un des fûts les plus utilisés est celui d’origine sud-africain de 250 litres où on peut trouver un pictogramme rouge en forme de losange avec une flamme et le chiffre 3 qui indique que le fût contenait un liquide hautement inflammable. Son contenu d’origine est l’alcool. Ce qui, déjà, doit être évité par ceux qui n’en boivent pas. On peut l’utiliser pour stocker de l’eau non potable, du carburant et des lubrifiants, mais pas de l’eau pour la cuisson ou la nourriture.
À bon entendeur, salut...
Les terrains synthétiques aussi...
Le synthétique gagne du terrain. Les terrains de foot en gazon synthétique fleurissent à Madagascar. Or, différentes études ont montré qu’à part le bas coût, ils ne sont pas mieux que le gazon naturel. Pire : les terrains synthétiques sont potentiellement cancérigènes.
Les terrains synthétiques contiennent des granulats de caoutchouc pour amortir les chocs. Ces granulats, composés à partir de pneus recyclés, contiennent jusqu'à 190 substances toxiques (hydrocarbures, HAP, métaux lourds). Ces fines particules ont tendance à se coller un peu partout sur les corps des sportifs, dans les cheveux, les sous-vêtements et lors de blessures avec plaies.
Malgré ces inquiétudes, les agences sanitaires (comme l'Anses en France) estiment généralement que le risque de cancer pour les joueurs est "peu préoccupant". Chercheur à l'unité toxicologique de l'Université d'Amsterdam, Jacob de Boer est convaincu que le risque est sous-estimé. « Si vous allez une fois sur un terrain, il ne va rien vous arriver, indique-t-il dans un reportage de France 2. Mais si vous avez un enfant qui commence à jouer à 6 ans et continue jusqu'à 30 ans, qu'il s'entraîne trois fois par semaine, alors il peut y avoir un vrai risque. »
Dès 2016, un reportage diffusé par la télévision néerlandaise avait entraîné l’annulation d’une trentaine de rencontres. En 2014, la chaîne américaine NBC avait, elle, révélé un nombre élevé de cancers chez des enfants qui jouaient sur pelouse artificielle. Une universitaire avait aussi recensé 239 cas de cancer du sang chez des joueurs qui avaient exclusivement évolué sur du synthétique.
D’autre part, les gazons synthétiques entraînent beaucoup plus de blessures que le gazon naturel. Sur ce dernier, l'herbe finit par céder, ce qui libère souvent le crampon avant que la pression exercée ne devienne dangereuse. Sur les surfaces synthétiques, la pression est moindre, ce qui signifie que les pieds, les chevilles et les genoux absorbent l'impact, augmentant ainsi le risque de blessure. Les blessures aux membres inférieurs, aux membres supérieurs et au tronc sont donc plus fréquentes sur gazon synthétique, notamment les déchirures du ligament croisé antérieur (stabilisateur du genou) et les déchirures du ménisque. On observe environ 20 % de blessures sans contact supplémentaires par action sur un terrain synthétique par rapport à un terrain en gazon naturel
Voilà pourquoi la NFL (National Football League), l’association d'équipes professionnelles de football américain, a cessé d'utiliser le gazon synthétique. Le Case Western Reserve University et l’Institut de médecine du sport de l’Université de Houston ont analysé les données collectées par 26 entraîneurs sportifs de lycée lors des saisons sportives 2017-2018 et ont constaté que les athlètes étaient 58 % plus susceptibles de se blesser lors d’une activité sportive sur gazon synthétique.
Le règlement officiel de l’Union des associations européennes de football (UEFA) exige que toutes les finales de ses compétitions majeures soient disputées exclusivement sur du gazon naturel.
Matière à réflexion...