Les tabous expliqués par la science
Les tabous sont si nombreux, et varient tellement suivant les régions ou même les clans, que les énumérer ici serait fastidieux. Malgré tout, les tabous ont leurs raisons que la raison peut parfois comprendre. On peut les expliquer par des motifs d’ordre :
- Historique. Il est interdit de chasser tel ou tel oiseau. À l’époque des chasseurs d’esclaves ou lors des rébellions contre les colons, des personnes se sont cachées derrière des fourrés au sommet desquels des oiseaux étaient perchés. En voyant que les volatiles ne bougeaient pas, les assaillants ont rebroussé chemin, considérant que si des humains se trouvent derrière, les bêtes à plumes se seraient déjà envolées. Sauvés par les piafs car les suiveurs manquaient de pif.
- Psychologique. Il est tabou de donner des coups de pied dans un mur car cela pourrait envoyer la grand-mère ad patres. Effectivement, en voyant son mur sali, mamie pourrait tout simplement tomber à la renverse.
- Médical. On ne doit pas consommer le bonnet (réticulum) de bœuf. Il s’agit d’une interdiction propre à notre clan. Le bonnet fait partie des compartiments de l’estomac du bœuf (les tripes), dont on peut tout manger sauf ce « mason-tantely » (nid d’abeilles). Cela se comprend aisément : le bonnet a une fonction de « piège à corps étrangers ». Il retient les objets métalliques ou pointus ingérés par accident, comme les clous ou les fils de fer, pour éviter qu'ils endommagent le reste du système digestif. Ce qui est dangereux pour les vaches ne peut qu'être dangereux pour l’Homme, même après lavage.
Quid des tabous psycho-ethno-sociologiques comme l’interdiction de porter du rouge pour se baigner dans certains endroits ? La tentation est grande de passer outre ce tabou. Les traditionalistes expliquent justement la cause de certaines noyades par la non-observation de ce principe sacré en mer ou dans les rivières. Superstition, malchance, destin ou mauvais timing ? Se trouver au mauvais endroit au mauvais moment...
Les traditionalistes ont leurs explications propres qui tirent leurs origines de l’histoire. De récentes recherches scientifiques révèlent que ce tabou peut avoir un fondement scientifique, même si les ancêtres n’y ont sûrement pas pensé lorsqu’ils ont édicté cette règle. En milieu aquatique, certains animaux peuvent être sensibles à certaines couleurs, tels les requins et les serpents d’eau. Ils peuvent devenir agressifs selon les couleurs que les usagers portent. Avez-vous déjà entendu parler de cas de morsures, voire de noyades, inexpliquées ? Selon les scientifiques, les poissons ne perçoivent pas les couleurs de la même manière. Certains voient dans l’ultraviolet, d'autres dans l’infrarouge.
Ainsi, que vous vous baigniez ou que vous fassiez de la plongée, même avec un masque et un tuba, il faut éviter la couleur rouge, souvent perçue chez les poissons comme la couleur d’un prédateur, d’un mâle dominant ou d’un compétiteur. De plus, le jaune, visible de loin dans l’eau claire, peut aussi être perçu comme un intrus ou un rival territorial. Enfin, il en va de même pour le bleu électrique qui, s’il est trop brillant, peut irriter les poissons. Par ailleurs, les contrastes forts (zébrés, noir et blanc…) stressent également l’animal, qui peut alors vouloir attaquer pour être tranquille. Certains prédateurs marins comme le barracuda peuvent même attaquer des objets brillants ou réfléchissants (bijoux, couteaux, miroirs), pensant qu’il s’agit d’un poisson.
Des poissons considérés comme inoffensifs peuvent réagir négativement face à certaines couleurs :
- Les poissons chirurgiens peuplent les récifs coralliens et les lagons peu profonds, notamment dans des régions réputées pour la plongée comme Tuléar ou Nosy Be. Ils possèdent des lames tranchantes (des scalpeurs) rétractables de chaque côté de la base de leur queue. Ce qui peut causer des coupures profondes et douloureuses.
- Les poissons demoiselles de la famille des Pomacentridés regroupent de nombreuses espèces de petits poissons colorés et très territoriaux vivant au cœur des récifs coralliens, notamment dans des zones préservées comme l'île de Nosy Tanikely, l'archipel de Radama et la région d’Andavadoaka. Ne pas se fier à leur petite taille. Ils peuvent être extrêmement agressifs et territoriaux. Chaque poisson demoiselle s'approprie un petit morceau de corail ou un lopin d'algues. Ils défendent ce territoire farouchement contre n'importe quel intrus, même s'il est 100 fois plus grand qu'eux. Une demoiselle n'hésitera pas à foncer droit pour tenter de donner de petits coups de tête ou de "mordre". Mais pour un humain, cela se ressent au pire comme un léger picotement totalement indolore.
- Les cichlidés. Madagascar abrite des espèces de cichlidés que l'on ne trouve nulle part ailleurs à l'état sauvage. Parmi elles, le Paratilapia dont le représentant le plus célèbre est le "Cichlidé nuit étoilée" en raison de sa robe noire parsemée de points brillants, le Paretropolus au corps haut et le Ptychochromis.
Comme pour toute blessure marine, le vrai danger vient des bactéries présentes dans l'eau qui peuvent infecter la coupure.
Comme quoi, il n’y a pas que les bêtes à cornes qui ont peur du rouge, il y a les bêtes à branchies aussi.
Pour faciliter les recherches en cas de noyade
Nonobstant les tabous, la couleur du maillot de bain porté peut être d’un grand secours en cas de noyade. En 2020, des études ont montré la visibilité des maillots de bain de quatorze couleurs, d’abord dans des piscines à fond clair, puis dans des piscines à fond sombre, et, enfin, dans des lacs.
Résultats : les couleurs fluo étaient les mieux repérables dans les piscines et les lacs. Dans les piscines à fond clair, le rose et l’orange fluo ressortaient le plus, contrairement aux tenues blanches et bleu clair qui étaient les moins visibles. En ce qui concerne les maillots sombres, comme le violet ou le noir, bien que contrastant avec le fond des piscines, ils pouvaient être confondus avec des ombres, de la saleté ou des feuilles.