Ceci n’est pas un scoop. Mais on n’y pense pas forcément toujours. Madagascar fait partie du G7. Comme chacun le sait, le G7 est un forum informel qui réunit sept des plus grandes puissances mondiales. Dans ce sens, Madagascar fait partie du G7 des plus grandes puissances mondiales en matière de ressources naturelles. C’est ce qu’on appelle les pays mégadivers, les pays les plus riches de la planète en matière de biodiversité, un concept développé en 1988 par le primatologue, herpétologiste et anthropobiologiste américain Russel Alan Mittermeir. Selon lui, six pays répondent à ce critère : Brésil, Madagascar, Mexique, Colombie, RD Congo et Indonésie. Plus tard, la liste a été complétée et en 2002 est créée une organisation des pays mégadivers (“Like-Minded Megadiverse Countries”), regroupant 17 pays riches en diversité biologique. Deux autres pays, le Guatemala et l’Iran, rejoint l’organisation en 2010.
Le G7 économique, qui s’est réuni dernièrement à Évian-les-Bains (France), détient près des deux tiers de la richesse mondiale. En 1999, en marge du sommet du G7, est né le G20, le premier forum de coopération économique internationale qui a pour objectif de réfléchir à des solutions communes pour éviter la répétition des crises financières. Ensemble, les pays du G20 représentent 85% de la production économique mondiale et les deux tiers des habitants de la planète.
Le G20 des pays mégadivers, lui, représente 50 à 80 % de la biodiversité mondiale et détient au moins les deux tiers, probablement environ les trois quarts, de la biodiversité mondiale. Plus de 50 % du PIB mondial dépend directement de la nature et des services écosystémiques.
À l’instar du G7/G20, le G7/G20 mégadivers doivent se réunir régulièrement pour défendre leurs intérêts communs. En tant que “poumons de la planète” et des principaux puits de carbone, ils doivent avoir un poids immense dans les négociations climatiques et environnementales internationales, notamment lors des sommets annuels des Nations Unies sur les changements climatiques (les fameux COP). Ce n’est pourtant pas le cas. Jusqu’à présent, les pays mégadivers n’arrivent pas encore à imposer l’importance de son pouvoir de négociation. Or, ils sont les premiers fournisseurs mondiaux de matières premières, de ressources agricoles et halieutiques. Ils sont aussi les premiers fournisseurs mondiaux pour les industries pharmaceutiques et cosmétiques à travers les plantes médicinales.
Tout cela pose des questions de justice climatique, de transferts financiers et technologiques et financiers ainsi que des droits de propriété intellectuelle et de partage des avantages.
Il existe déjà un mécanisme de financements pour compenser le manque à gagner économique lié à la non-exploitation des forêts ou terres, mais là encore, c’est assez compliqué et opaque que l’opinion publique se perd en conjecture. Il s’agit du marché du stock carbone.
Le marché du stock carbone est un mécanisme dans lequel on échange des crédits d’émission de carbone. Au sein d'un marché du carbone, un plafond d'émissions est fixé à un niveau plus bas que le niveau d'émission réel. Des quotas sont ensuite attribués aux responsables d'émissions de gaz à effet de serre (pays, entreprises). Si le pollueur réduit ses émissions en-dessous des quotas dont il dispose, il peut revendre son droit à émettre non utilisé. Celui qui, au contraire, a pollué au-delà de son nombre de quotas doit en acheter à d'autres exploitants (ceux qui ne les ont pas tous utilisés). Le marché mondial du captage et du stockage du carbone a été évalué à 8,8 milliards de dollars en 2024 et devrait croître de 16,7 % entre 2025 et 2034.
En 2023, pour ses efforts de préservation forestière, Madagascar a reçu de la Banque mondiale (Programme REDD+) 8,8 millions de dollars de crédit carbone pour la réduction de 1,76 million de tonnes de carbone en 2020.
Sa couverture végétale importante (forêts et mangroves) fait que Madagascar possède un puits de carbone non négligeable. Le stock total de carbone organique dans les sols malgaches est estimé à environ 2,79 milliards de tonnes. Une source de financements non négligeable pour le développement ou... le détournement !
Quoi qu’il en soit, si la déforestation réduit encore la superficie des forêts restantes, ces dernières nous protégeront moins des effets du changement climatique, retiennent moins le sol, attirent moins de précipitations et emmagasineront moins de carbone...
Les Hautes Terres risquent d’être les seules à figurer sur la carte de Madagascar
“Oviana vao ho ritra ny ala atsinanana”. La forêt de l’Est n’est pas près d’être tari. Cette source de richesses ne fera pourtant pas long feu aussi si l’on n’y prend pas garde. Il faut savoir que Madagascar perd 100.000 hectares de forêts par an en raison de la culture sur brûlis, les feux de brousse, l’exploitation illicite de la flore et la consommation de charbon de bois. Madagascar possède environ 2 % des mangroves du monde. Mais en vingt ans, la Grande Ile a perdu 58.000 hectares de mangroves à cause de l'augmentation de l'extraction du charbon de bois et du bois et de la conversion vers l'agriculture et l'aquaculture à petite et à grande échelle. Elles jouent pourtant un rôle économique important puisqu'elles peuvent produire jusqu’à 2,5 tonnes de crabes au kilomètre carré.
Résultat : la dégradation environnementale fait perdre à Madagascar 500 millions de dollars par an. Selon le rapport Global Futures publié par le Fonds mondial pour le WWF, Madagascar perdra 4,2% de son produit intérieur brut d'ici 2050 si la nature continue de se dégrader au même rythme qu'aujourd'hui. Pourtant, une meilleure gestion de l'utilisation des terres fera augmenter le PIB de + 1,23% d'ici 2050.
Ceux qui nous dirigent en sont-ils suffisamment conscients? Négatif apparemment car dans le Budget général de l’État, il est prévu de réduire les allocations dédiées à la lutte contre le changement climatique et à la protection de l’environnement de 11%.
Peut-être que ces ultimes indicateurs les feront changer d’avis : dès 2015, en raison du stress hydrique (répartitions inégales et irrégulières de la pluviométrie), 30 à 60% de la population du Sud du pays souffre d’insécurité alimentaire, causant des migrations qui entraîne souvent des conflits inter-ethniques de plus en plus violents. Enfin, l’élévation moyenne du niveau de la mer est de 7 à 8 mm par an, entraînant l’érosion et le recul des côtes. À ce rythme, seules les Hautes Terres resteront sur la carte de Madagascar.
Démonstration de l’importance des mangroves dans la lutte contre l’érosion des côtes.