Madagascar, berceau du cinéma africain

Coupé ! Il est faux de dire que le père du cinéma Africain est Ousmane Sembène, le docker sénégalais devenu auteur qui a réalisé « Borom Sarret » en 1963. D’ailleurs, avant ce court métrage, il y avait déjà « Afrique sur Seine » en 1955, un documentaire œuvre d’un collectif de cinéastes également sénégalais : Paulin Soumanou Vieyra, par ailleurs premier Africain à être diplômé de l’IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques) en 1954, Mamadou Sarr et Jacques Mélo Kane. A l’occasion de la 20è édition du Madagascourt film festival (anciennement RFC), du 20 au 25 février 2026, il est temps de rétablir la vérité : le cinéma africain est né à Madagascar. Le premier film de fiction tourné par un Africain en Afrique, date de 1937 à Madagascar. Il s’agit d’un film muet et en noir et blanc : « Rasalama Maritiora ». Traveling. 

Image de couverture de Madagascar, berceau du cinéma africain
Philippe Raberojo, un autodidacte touche-à-tout.

À la découverte de Philippe Raberojo, le pionnier

Né en 1884, rien ne prédisposait Philippe Raberojo à devenir cinéaste, sinon son talent naturel d’inventeur. Exploitant minier, il a inventé un appareil d’orpaillage dénommé « Philipor », déposé à l’Ocam, qu’il cédera par la suite à l’Etat malgache de la 1ère République. Mais il est également l’inventeur d’une peinture à l’huile et à l’eau baptisé « Mada ». Un échantillon se trouve normalement à la Chambre de Commerce et d’industrie.

C’est cet esprit pionnier qui conduira ce diacre d’Ambohitantely à tourner un film à l’occasion du centenaire de la condamnation à mort de la martyre Rasalama en 1937.

« Rasalama Martiora », tourné avec les moyens du bord, est le premier film malgache tourné par un Malgache. Autrement dit, 1937 est la date de naissance du cinéma malgache. En guise de casting, le réalisateur a fait défiler son entourage. Le bourreau était, par exemple, le gardien de sa maison de campagne tandis que l’héroïne était l’épouse d’un ami géomètre, Simonette Ramahaison.

Le regrettée Simonette Rasoampananina, de la TVM, petite fille de Philippe Raberojo, se souvient que son père était parmi les figurants en tant que militaire. « Philippe Rabedaoro avait alors acheté une balle de tissus pour confectionner les costumes. Il a entièrement financé la réalisation de ses propres poches ». Parmi ceux qui figurent au générique figure aussi une certaine Hélène Rasoahaly.

Le film fut projeté pour la première fois au théâtre d’Ambatovinaky, souvent confondu avec le quartier d’Antsampanimahazo, en 1938. Devenu plus tard en très mauvais état, le film sera restauré en France avant d’être remis à l’association Rasalama Maritiora dans les tiroirs de laquelle, Simonette Rasoampananina l’a retrouvé.

A part « Rasalama Martiora », une fiction, Philippe Rabedaoro a également réalisé un documentaire sur un autre martyr de la foi protestante, Rafaralahy Andriamazoto. « Il y a un autre documentaire à son actif cédé à la bibliothèque nationale, mais je ne suis pas encore arrivée à mettre la main dessus », a confié Simonette Rasompananina. Les rats de bibliothèques retrouveront les écrits de Philippe Raberojo de l’hebdomadaire « le Petit Tananarivien » dont il fut le directeur de publication. Philippe Raberojo a rendu l’âme le 23 mars 1963.

Un extrait du film « Rasalama Maritiora ».

Version revue et augmentée d’un article sorti initialement dans « L’Express de Madagascar », lundi 22 octobre 2001, pp. 9

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