Quel est le secret du développement d’un pays ?

Didier Ratsiraka n’est pas près de se réveiller. Le développement a encore du chemin à faire avant d’arriver à Madagascar. Mais quels sont les facteurs de blocage ? Ils tiennent en un mont : manque. Pas de vis. Mais manque de volonté politique des dirigeants qui savent pertinemment ce qu’il faut faire, mais qui préfèrent opérer autrement afin de s’enrichir rapidement, et manque de perspicacité des citoyens qui ne sont pas suffisamment armés pour distinguer le bon projet de société des promesses d’ivrognes. Prenez-en de la graine. 

Image de couverture de Quel est le secret du développement d’un pays ?
Le texte qui est extrait et traduit de “Teôrian’ny Tandrimo, ireo diso fito momba ny fampandrosoana an’i Madagasikara” (la théorie de la toupie : les sept erreurs sur le développement de Madagascar), sorti en octobre 2022, pp. 34-35.

114 milliards de dollars envolés !

Madagascar est riche, mais son peuple est pauvre, dit-on souvent. C'est vrai. Malheureusement. La Banque mondiale a publié les actifs de chaque pays du monde en 2009. Les ressources naturelles de Madagascar étaient estimées à 800 milliards de dollars à cette époque. Cela comprenait non seulement les ressources souterraines, mais aussi les ressources forestières et marines. En être fier ne suffit pas car le temps passe. L'exploitation aussi. Sinon, tout cela sera épuisé avant qu’on se réveille. Actuellement, 14 % de cette richesse a été déjà extraite, envolée. Cela représente 114 milliards de dollars si on le converti en argent. Où sont passés tous les bénéfices ? Il y en a encore beaucoup d'autres. Allons-nous continuer à dormir ?

L'île Maurice est plus pauvre que nous en matière de ressources naturelles. Ses actifs ne s'élèvent qu'à 100 milliards de dollars, selon toujours la Banque mondiale. La moitié de cette somme, (40 %), n'est plus disponible. 40 milliards de dollars. Mais ces 40 milliards de dollars lui ont été bénéfiques car son PIB est bien supérieur à celui de Madagascar aujourd’hui.

On peut trouver les fonds pour développer le pays à Madagascar même, à condition de bien s’y prendre. Nombreux sont ceux qui se plaignent que les étrangers accaparent tout l'argent provenant de l'extraction des ressources terrestres. Mais qui leur permet d'agir ainsi ? N’est-ce pas les Malgaches eux-mêmes ?

Il y a de nombreuses années, j'ai croisé un compatriote à qui j'ai annoncé que le plus gros saphir du monde se trouve dans un musée en Asie et qu'il provient de Madagascar. « J'étais parmi ceux qui ont facilité son exportation », m'a-t-il affirmé sans hésiter. La pierre était facile à obtenir à Madagascar et ne coûtait pas cher car la déclaration faite à la douane ne mentionnait pas « saphir », mais un autre nom pour la pierre. 

Les Malgaches sont fascinés par le développement de Dubaï et d’autres pays arabes grâce aux bénéfices du pétrole. Cependant, le prix du saphir est bien plus élevé que celui du pétrole. Un seul gramme coûte des millions d'ariary. Des tonnes de saphir ont été extraites d'Ilakaka et d'Andranondambo, entre autres. Où est passé tout cet argent ? À l’époque où le bâtiment qui abrite aujourd'hui le bureau de la Francophonie était le ministère des Mines, une grande carte datant de l'époque coloniale se trouvait dans le hall d'entrée. L'affirmation, en français, que toute la partie sud de Madagascar, d'Ihosy jusqu'à l’extrémité sud, est une région riche en saphirs, reste gravée dans ma mémoire.

Le Japon est pauvre en richesses du sous-sol. C'est pourquoi on l'appelle le géant aux pieds d’argile. On dit souvent que Madagascar était aussi développée que le Japon en 1850. Qu'en est-il aujourd'hui ? Madagascar était également classée au même niveau que la Corée du Sud à la fin des années 60. On est maintenant loin derrière. L'île Maurice était dépassée par Madagascar au début des années 80. Elle n'a pas tardé à décoller. Mais quel est leur secret ? Il s'agit d’une méthode éprouvée : l'histoire.

Après l’unification du Japon, avec des effusions de sang, son empereur a poursuivi les travaux de développement. Il n'a pas hésité à copier la technologie européenne pendant l'ère Meiji. Une magie qui perdure encore aujourd'hui. Une tradition asiatique que les Chinois ont copiée car ils n’y ont pas vu d’inconvénients.

Il est difficile de rivaliser, en revanche, avec la Corée du Sud. L'Occident, et notamment les Américains, l'ont érigé en une vitrine pendant la Guerre froide, et se sont assurés de la développer rapidement. Cela ne minimise en rien le mérite des Coréens. Mais les millions de dollars investis y ont largement contribué.

L'île Maurice, quant à elle, a su se réinventer après la fin de l’ère de la canne à sucre. Le tourisme y connaît un essor considérable, mais une chose est aussi indéniable : l'île Maurice est un paradis pour le blanchiment d'argent.

 

Madagascar, le pays, pas le dessin animé, est une terre qui fait rêver bon nombre de gens. Ici, un extrait de “Je m’appelle Loh Kiwan” (Netflix) où un Nord-coréen, immigré en Belgique, promet à sa dulcinée, une jeune femme qui perdu tout espoir, de l’emmener à Madagascar. À ne pas confondre avec “All My Life”, un film américain inspiré de l'histoire vraie de Solomon Chau, atteint d'un cancer en phase terminale, et de sa fiancée Jennifer Carter qui projettent de se rendre à Madagascar avant que la maladie n’emporte le héros.

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